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Retour de Biennale du design de Saint Étienne #8 / :), mdr :s :( :p p:: ;,/ :)))) LOL ^^

Retour de Biennale du design de Saint Étienne #8 / :), mdr :s :( :p p:: ;,/ :)))) LOL ^^

Florian, designer de service junior, nous livre son retour général sur l’édition 2017 de la Biennale du design de Saint Étienne et conclut les retours d’expériences de nos 3 collaborateurs.

Saint-Étienne, une ville en mutation
Cette journée découverte a été pour moi l’occasion de visiter, pour la première fois, ce lieu de référence connu dans le monde du design.
A mon arrivée, impossible de passer à côté de cet évènement ; la ville est aux couleurs de la biennale, comme si le temps s’était arrêté, des espaces de détente décalés sont insérés un peu partout.
La Cité du design est un lieu imposant, au centre de la ville, qui suscite l’envie de découvrir cette expérience. L’idée de ré-habiter ce lieu qui fut, autrefois, une manufacture d’armes fait écho au thème principal de cette biennale : la mutation. Personnellement, je trouve cette initiative intéressante ; faire évoluer l’usage d’un espace, d’un lieu, qui, autrefois, était l’une des principales activités d’une ville, en lieu de référence du design. Un lieu où l’on cherche, en permanence, à se remettre en question et à faire évoluer notre société.
Les nouvelles technologies, et particulièrement celles du digital, nous poussent à progresser en permanence en nous permettant de réfléchir, de réagir, de faire plus vite. Notre société bouge. C’est ce thème qui m’a particulièrement intéressé dans cette Biennale du design.
Dès le démarrage du parcours, j’ai été interpellé par le panorama des mutations du travail. Comment ferons-nous demain ? Quel sera notre métier ? Travaillerons-nous toujours ? Vivrons-nous mieux ou serons-nous esclaves de nos vies ? Autant de questions qui ont attisé mon envie de découvrir cette partie de la biennale.

Les emojis, langue universelle ?
Très vite, je me suis arrêté sur l’Emoji Keyboard, signé par Disk Cactus, qui, pour nous permettre de nous exprimer, remplace les touches de notre clavier en émojis hauts en couleur. Il s’agit d’un calque que l’on vient déposer sur l’ordinateur pour changer l’aspect de nos touches traditionnelles. A l’heure où nous voyons une montée exponentielle du numérique et des réseaux sociaux, ce clavier est un moyen rapide de trouver nos emojis, de détenir un lien direct avec eux, sans être obligé de les chercher.
Ces petits emojis, créés par des Japonais, devenus courant au sein de notre société, nous amènent à nous poser certaines questions : Est-ce la langue du futur ? Un moyen rapide de communiquer ? Actuellement, nous voyons souvent ces petits caractères, de toutes les couleurs, présents dans nos textes. Il n’est pas rare de l’utiliser pour illustrer une sensation que l’on peut ressentir, apaiser un proche, faire passer un message plus délicatement. L’emoji remplace, au fur et à mesure, nos expressions, notre langage. Notre façon de parler évolue dans notre temps, l’emoji peut-il être considéré comme une langue universelle à part entière ? Avons-nous la même définition et la même opinion sur les différents emojis existants ? Chaque individu peut comprendre différemment le sens d’un emoji. On peut parler d’une langue type rébus universel et voir ce clavier comme un moyen de mutualiser la communication, comme une évolution de la langue par des signes visuel. Je vous propose donc de comprendre cette phrase :
:), mdr :s  :p p:: ;,/ :)))) LOL ^^.

La matérialité des flux d’informations
En poursuivant ma visite, habitué au mouvement de 120 battements par minute, en rythme binaire et ternaire, un son de piano désaccordé, qui résonnait avec un rythme très surprenant, m’a interpellé. Ce son provenait du robot WikikIRC qui affiche, en direct, l’ensemble des modifications effectuées sur le site Wikipédia France. Sur un écran, défilent des lignes de codes transformées en signaux électriques pour activer une touche de piano. L’objectif de ce concept est de matérialiser toute l’activité du site collectif Wikipédia.
J’ai trouvé, très intéressant, le fait d’interpréter une ligne de code numérique en son audible car cela permet de donner une vie, une âme au flux internet. WikikIRC peut-il être identifié comme une nouvelle forme de data visualisation ? J’ai remarqué que le son de ce piano était plus important en fin de journée. Le son était plus clair. On pouvait presque identifier une mélodie créée par les modifications des utilisateurs, comme si l’orchestre avait répété toute la journée et s’était mis en place pour jouer le concert de Wikipédia. Mais visualiser le flux d’information, transitant par internet, pose certaines questions : Comment sont gérées ces informations ? Pouvons-nous les protéger ? Pouvons-nous distinguer les vraies informations des fausses (d’autant que le piratage numérique prend énormément de place au sein de notre société).

Le bien-être au travail
Le bien-être de l’humain est au cœur de nos préoccupations. Les usages et le travail évoluent. Le stress est très présent. On parle beaucoup de burn-out, qui est généralement expliqué par une montée importante de sa charge de travail, mais également de bore-out qui se traduit par une sensation d’ennui et d’épuisement. Comment pouvons-nous alors revaloriser nos espaces de travail et nos métiers ?
Dans un monde où l’économie collaborative, le faire-faire, le faire ensemble, sont des termes qui sont de plus en plus intégrés, au sein des entreprises, j’ai beaucoup apprécié de découvrir tous les espaces de travail imaginés pour le bien-être des collaborateurs comme le bureau générique, le bureau du futur ou les tiers-lieux. J’ai repéré des outils et méthodes, issus du design thinking, où des réflexions ont été menées pour imaginer les espaces de demain au sein des entreprises (empathie, travail collaboratif, expérience utilisateurs, …).
J’ai été agréablement surpris par l’étape dite « prototypage » des préconisations retenues qui ont ensuite été concrétisées avec des morceaux de palettes, de métaux, de carton. Ces prototypes ont été utilisés pour créer et imaginer ces différents espaces ou objets qui peuvent ensuite être testés, améliorés, modifiés, voire supprimés. Il est toujours encourageant de voir, qu’avec un groupe de personnes, on peut imaginer des solutions concrètes qui répondent aux besoins des utilisateurs.

Avoir (ou pas) la gueule de l’emploi
J’ai, ensuite, découvert le panorama « la Gueule de l’emploi » qui permet de réinterroger l’identité de la personne par rapport au travail. Chose surprenante ! Un emploi peut-il avoir une gueule idéale ? Un type, un style ? Lors d’un entretien, l’employeur se fie-t-il à la « gueule » plus qu’à la compétence ? Notre monde n’est pas parfait. On entend encore trop souvent des candidats non retenus parce qu’ils ont une religion particulière, un défaut physique, une tenue vestimentaire qui ne correspond pas au poste.
Le générateur de portraits idéaux, Opus Faciem, de Camille Chatelaine, permet, grâce aux compétences et qualités dont vous avez besoin au sein de votre entreprise, de générer des faciès de candidats. Nous pouvons voir des portraits possédant une « gueule » déformée, qui ne ressemblent à aucun d’entre nous. J’ai apprécié cette idée de générer des portraits difformes car cela permet de ne pas juger un candidat par rapport à son faciès mais par rapport à ses qualités. Cela pourrait, plus tard, éviter le jugement sur la personne. Pourrons-nous réaliser un entretien avec un masque neutre sans être jugé-e ? Sommes-nous capables d’embaucher quelqu’un sans le voir ? Tous ces éléments reflètent très bien notre société et nous forcent à trouver des solutions pour y répondre.

Le design, une discipline au service des entreprises
L’exposition « Design Matrice » mettait en valeur les produits ayant reçu des prix comme l’Étoile de l’observeur du design. Des produits qui répondent à des enjeux économiques, sociaux, environnementaux, aux besoins des usagers et qui ont été conçus avec méthodologie à l’instar des panneaux automatiques de signalisation multidirectionnels. J’ai également été interpellé par le nouveau siège TGV où l’on peut voir l’évolution des usages au sein de nos transports en termes de confort et d’ergonomie. Ayant travaillé, il y a quelques années, en tant que développer-concepteur, sur un siège similaire, cela m’a permis de voir l’évolution d’un produit ; de l’idée à sa réalisation.
Un designer travaille avec empathie, utilise des analogies, explore les utilisateurs extrêmes, ne se contente pas de créer pour créer mais imagine des solutions, avec les utilisateurs, pour répondre aux « vrais » besoins. Il est utile, pour les entreprises qui visitent ces espaces, de voir qu’un produit ne sort pas du chapeau et de notre imaginaire, qu’il est réellement basé sur une réflexion méthodologique, où l’on a pu analyser, tester, construire, monter, démonter et imaginer collectivement une solution adéquate. Dans l’exposition, un panneau signalétique a bien illustré et résumé notre méthodologie et notre façon de travailler : les différentes étapes de travail, les degrés d’intégration du design dans l’entreprise.

L’impact de la visite de la Biennale sur mon métier
Cette agréable découverte a opéré une forme de mutation de mon regard de designer.
La très grande évolution des usages a été prise en compte dans les différentes expositions de la Biennale. J’ai remarqué que le numérique prenait une place capitale dans notre société tout en suscitant des doutes (protection des données, utilisation négative de celles-ci). Parallèlement, de nombreuses solutions émergent, au plus près des usagers, en recourant, par exemple, à la bio-conception, aux matériaux recyclables, au faire-faire, ….
En tant que designer il est important de s’ouvrir à l’autre, d’observer autour de soi, d’entendre, de travailler ensemble. Les technologies nous aident mais ne doivent pas prendre le dessus sur l’humain.
La Biennale du design m’a permis de retrouver mes méthodes de travail comme les usages, le faire ensemble, la mutualisation des compétences afin de faire évoluer, chaque jour, notre société.
Un bémol néanmoins, le design a souvent été rapproché de l’art et peut encore entraîner une confusion dans l’esprit des visiteurs.

Crédits photos : Florian LEMAITRE

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