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Le design thinking a besoin des designers

Le design thinking a besoin des designers

Article issu de la tribune publiée dans Stratégies (16/01/2018) et dans Business & Marchés (29/01/2018).

« Il serait très dommageable pour les entreprises de laisser le design thinking aux mains des consultants en organisation ou en stratégie. Par leur regard humaniste, les designers ont une valeur ajoutée indispensable à apporter à cette démarche très en vogue dans le monde de l’entreprise.

Depuis quelques années, les termes design thinking sont très en vogue dans le monde de l’entreprise et nous, designers, ne pouvons que nous en réjouir. Néanmoins, en y regardant de plus près, assez peu de designers ont adopté une posture de sachants et pratiquants sur le sujet. Il est temps que les designers s’approprient de manière significative et reconnue leur méthode transdisciplinaire: le design thinking.En effet, le design thinking n’est que l’aboutissement des pratiques avancées du design industriel capable d’incorporer la transdisciplinarité côté méthode et la création de nouvelles activités côté management. Plusieurs designers pratiquent le design thinking sans le revendiquer. Si un designer, quelle que soit sa spécialité, réalise un devis expliquant l’ensemble de sa démarche de travail, de la phase de recherche et d’exploration jusqu’à la matérialisation et le prototypage, il a modélisé, à sa manière, la méthode partagée par IDEO ou Standford dans les best-sellers édités sur le sujet. L’amont du travail de designer est une action de consultant intégrant la stratégie des organisations.Il est très dommageable pour la profession de laisser les consultants en organisation ou en stratégie mener des actions de design thinking sans vision concrète des débouchés de la méthode, à notre place. Moins les designers s’impliqueront dans la diffusion et le partage de leur méthode, plus les écueils seront importants et moins l’intérêt du design sera perçu par les entreprises ou les organisations. Sans designers, un atelier de design thinking peut se transformer en moment de post-itologie, amusant mais sans intérêt stratégique et sans lien à la dimension principale de l’approche: la mise en oeuvre.

Un changement de mentalité

Il nous faut un changement de mentalité et de regard sur notre métier. Il est important pour les générations de designers à venir de comprendre que leur métier est valorisant en soi et qu’un professionnel est jugé sur sa capacité à comprendre, diffuser et réaliser des actions structurelles de mise en œuvre de l’innovation et non sur son seul talent, aussi grand soit-il.

Très récemment, plusieurs de nos prospects ont eu l’air surpris que les designers soient à même de mener des actions de design thinking pour leurs organisations et répondent à des appels d’offre sur le sujet. Ceci est un non-sens. Pourquoi demander à un designer s’il connait son métier? Aucune autre profession de conseil n’est interrogée sur sa capacité à appliquer les méthodes de sa propre discipline.

Si vous regardez dans le milieu des start-ups, vous découvrirez que la plupart du temps ce sont des consultants formés en école de management qui préemptent ce sujet. Dans certains cas, les designers sont impliqués mais seulement sur leur capacité à représenter et illustrer les idées des managers.

Une approche disruptive

Designers, même si vous n’en avez pas conscience, vous appliquez sur l’ensemble de vos projets une approche disruptive de l’innovation car transverse et basée sur des observations concrètes. Comme toutes professions intellectuelles, vous enrichissez les méthodes communes de votre expérience et votre intuition. N’ayez pas peur de partager vos méthodes, bousculez les prérequis de vos commanditaires, démontrer l’intérêt du design de manière concrète. Il est énorme et très valorisable à l’heure où un consultant EY junior essaie de faire le même travail sans assise méthodologique réelle.

Les écoles sont parties prenantes de la diffusion de la démarche du design thinking et c’est tant mieux. Aujourd’hui, le design thinking est principalement enseigné dans les écoles de management comme l’Essec, Sciences Po, Kedge, EM Lyon ou les écoles d’ingénieurs comme Centrale, Supélec ou Polytechnique. Les écoles de design comme celle de Nantes ou de Sèvres l’ont compris, c’est aux professionnels du design de travailler le design thinking.

La preuve, c’est au tour de l’ENSCI de créer un think-tank sur le design thinking regroupant plusieurs acteurs et profils de designers experts et chercheurs du sujet, souhaitant réfléchir sur les méthodes du design thinking et les faire évoluer avec le design et sa conception telle qu’investiguée et pratiquée à l’école. L’idée étant que design et pensée design ne sont pas dissociables.

Regard humaniste

Il est urgent de faire comprendre à l’ensemble des professions qui gravitent autour de l’innovation la valeur ajoutée du design piloté par le designer, depuis les phases amont de compréhension et d’exploration des sujets jusqu’à la capacité à concrétiser et matérialiser les innovations.

Nous avons, en tant que designers, professionnels de l’innovation, une responsabilité concernant l’avenir et la place de l’homme dans la société dans laquelle nous vivons. Pour être en capacité d’influer positivement et éthiquement le futur des produits et services que nous aidons à réaliser, nous devons arrêter de nous poser la question de la légitimité de notre statut et assumer notre rôle dans l’économie et le management de l’innovation.

A la croisée des chemins entre les sciences humaines et techniques, le design est une des seules disciplines transversales travaillant avec les sciences humaines et sociales sur les besoins fondamentaux de l’être humain en proposant d’améliorer l’existant. Il faut que le design thinking continue de se développer à condition de ne pas oublier la pertinence du regard humaniste du designer dans ce processus. Les démonstrateurs de l’efficacité de la démarche sont de plus en plus nombreux ; si nous ne faisons pas l’erreur de nous définir par nos talents et nos individualités mais bien par nos compétences métiers, alors nous pourrons, ensemble, insuffler notre vision optimiste, positive et humaniste dans nos sociétés. »

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