BLOG

La professionnalisation du statut de designer en France

La professionnalisation du statut de designer en France, plus qu’un besoin, une nécessité pour la reconnaissance du métier.

En introduction à cet article, je me permets de citer Brigitte Borja de Mozota : « Le design… c’est la profession des designers ». Difficile de la contredire. Néanmoins, le métier a des contours flous dans le milieu professionnel. Très flous pour qui n’a pas eu d’information ou n’a pas été sensibilisé au design avec pour conséquence, lors de l’intervention d’un designer en entreprise, de donner lieu à des réunions stériles ou chacun tend à définir le rôle et la fonction du designer dans l’entreprise au lieu de travailler à l’ordre du jour.

Plusieurs problèmes vont se poser pour qualifier le designer dans l’entreprise : son niveau d’intervention (technicien, manager ou décideur), son niveau théorique (défini principalement par son cursus étudiant), la vision du design qu’ont ses collaborateurs (du design esthétique au design stratégique) et sa propre vision de sa carrière et de son métier (peut-on déléguer la création ?).

Je tente donc d’apporter ma modeste contribution à ce vaste sujet en me référent notamment au livre de C. Guellerin, N. Minvielle et M. Jacquelot : « designer, carrière et professionnalisation » (édition De Boeck).



De nombreux professionnels, qui ont des postes à responsabilité comme Philippe Picaud, directeur du design chez Carrefour,  pensent que « le niveau d’éducation des designers n’est pas à la hauteur des autres professions et ne prépare pas à des rôles de management ou à des positions stratégiques dans l’entreprise », Jackie Moulin, design manager chez Seb, confirme et ajoute « les écoles de design… ne forment pas à une progression de carrière ».

La plupart des écoles supérieures forment en effet d’excellents managers de projets créatifs mais ne mettent pas les étudiants dans des situations de choix basées sur le commerce, la société, la technologie, la politique et l’environnement ; en relation évidente avec les fonctions de marketing, de management, d’ingénierie, de finance, de droit et d’économie au motif que les connaissances accumulées dans ses diverses disciplines « brident » la créativité.

Le niveau d’intervention dans l’entreprise est donc biaisé à la base parce que le designer ne se place pas comme un potentiel décideur mais comme une sorte de « super technicien » même après un cursus long type Master. De plus, ses collègues ou clients qui ont eux été formés à la vision de carrière (en école ou université de commerce ou d’ingénieur)  ne reconnaissent pas les possibilités d’évolution du designer dans l’entreprise. Plus que dans d’autres domaines, c’est l’individu qui, s’il souhaite progresser, va être obligé d’expliquer et de prouver l’apport du design dans les fonctions de management et de stratégie.

Dans son métier, le designer va donc être confronté aux autres. La posture du « créateur /artiste» est de plus en plus éloignée de la pratique du métier au vu de l’évolution des outils, des compétences, des réseaux et du nombre de formations au design. Comme le pense Pierre-Yves Panis, directeur du design et de la direction artistique du groupe Legrand, le designer a une fonction clef dans l’entreprise « la seule dont les pratiques gèrent deux entités diamétralement opposées : les clients et l’organisation ».

Le designer doit donc apprendre à être enthousiasmant… tout en étant extrêmement convaincant du point de vue business.

Pour revenir sur la citation d’introduction de cet article, il me semble primordial que les professionnels, institutions et écoles s’accordent sur la vision du métier du designer en mettant en valeur sa place dans une organisation et ses perspectives de carrières et non la vision artistique du designer « star academy » signant à son nom « la énième plus belle chaise du monde » qui, même si elle permet de remplir les écoles, n’est pas significative du développement du métier dans le monde.

E.T.

Choose To Share :-  

Leave a reply