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Existe-t-il un objet utilisable par tous ? Par Florent Orsoni

On peut parfois rester sceptique sur la définition de l’objet, de l’environnement bâti « utilisable par tous » en autonomie. Peut-on répondre à tous les usagers, à toutes les aspirations ? Par exemple, peut-on préserver le patrimoine bâti ancien protégé et assurer l’accessibilité pour tous ? Sans aucun doute, plus que des normes, il s’agit de créer une transversalité du dialogue et du compromis, pour parvenir à allier chacun des critères (on devrait dire des impératifs de mémoire et d’accès) dans une dimension acceptable. C’est le sens du mot concertation, qui doit être le cœur d’une démarche de design pour tous.
La prise en compte du contexte social, environnemental, singulier fait qu’il n’existe pas forcément un design universel : on devrait parler de design singulier et de capacités d’adaptation en fonction d’un contexte.




Comment solliciter l’utilisateur final ?

Le cap vers une société de l’accès semble infranchissable. Mettre en avant l’expertise de l’utilisateur final reste facile à dire en théorie, mais lourd de questions. Comment par exemple solliciter l’usager qui peut avoir de la peine à se mobiliser ? Quelle expertise peut être impartiale ? La question reste entière même si les outils internet semblent ouvrir quelques voies.
Plus encore que la question du design for all, ou de l’inclusion des personnes handicapées, de nombreux voyages à travers le monde apprennent que la prise en compte de l’accessibilité ne relevait pas seulement d’un rattrapage coupable pour des personnes déficientes… mais bien du développement économique de produits à très haute valeur ajoutée, et plus largement du sens de la démocratie et d’une société de l’inclusion. La loi sur l’accessibilité et les aménagements qui en découlent pose en fait les vraies questions : pour qui construisons-nous ? (et pas seulement pour quoi ?) Elle pose la question de la valeur des choses. C’est en quoi elle a permis d’opérer un recadrage décisif en replaçant l’homme au centre de la conception.
Mais ne retombons pas dans un travers simpliste de monde à la mesure des capacités humaines, avec l’image d’Epinal de l’homme de Vitruve. Il ne s’agit pas ici d’un monde à la mesure d’un homme aux capacités fantasmées mais bien d’une exigence et d’aller retours entre un réseau d’impératifs (écologiques, humains, économiques) qui caractérisent, pour reprendre Edgar Morin, notre société de la complexité.


FLorent ORSONI – Directeur de Tuttimobi, représentant français de la Design For All Foundation

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