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Designer entrepreneur dans la Silicon Valley… et ailleurs

Designer entrepreneur dans la Silicon Valley… et ailleurs

Attirés par les Success Story à la Steve Jobs ou encore par le boom des nouvelles technologies, les designers arrivent de plus en plus nombreux dans la Silicon Valley. Et cela tombe bien, car ils y sont attendus de pied ferme par des entrepreneurs en quête de créativité. La Silicon Valley est, aujourd’hui, le théâtre de la mise en place d’un nouveau modèle d’entreprise plaçant le designer en son cœur. Dici se penche sur le sujet qui représente peut-être les prémisses d’une évolution globale de l’entreprenariat.

 

Le succès des designers entrepreneurs

En mars dernier, se tenait le festival South by Southwest, au cours duquel John Maeda a tenu une conférence sur la place du design dans la Silicon Valley. Son constat est simple, au regard des performances actuelles de certaines startups et grands groupes, les entreprises qui connaîtront le plus grand succès dans les années à venir sont celles qui auront su intégrer le design dans leur démarche globale ou qui auront un designer au cœur même de leur Direction.

Design In Tech Report 2015

Les designers décollent dans le monde des affaires. Les plus grands groupes en font des collaborateurs privilégiés, même ceux connus pour leur affiliation à l’ingénierie et aux communautés des « Geeks » et « Hackers », comme Facebook, parlent aujourd’hui d’intégrer le « Design Thinking » à leur démarche.

C’est une génération de designers au savoir-faire reconnu et convoité. Ces dix dernières années, face à une pression toujours plus grande du marché, de plus en plus d’entreprises technologiques ont dû embaucher des équipes de créatifs, voire intégrer des studios complets afin de faire évoluer leur organisation. Ainsi, 27 Startup cofondées par des designers ont été acquises par des entreprises de technologie, depuis 2010. Bien entendu, il s’agit de modérer le propos, nous ne sommes qu’aux balbutiements de la restructuration de l’entreprise telle que nous la connaissons ; les ingénieurs de pointe restent les plus populaires dans la Valley. Cependant, le rapport tend à s’équilibrer : aujourd’hui, pour quatre ingénieurs embauchés, un designer rejoint l’aventure. L’ampleur du phénomène est telle qu’un Business Angel a pris l’initiative de créer un fond dédié à l’identification et l’accompagnement des startups de la Silicon Valley qui auront su, de manière effective, intégrer la démarche design à leur fonctionnement. Ainsi, ces dernières bénéficieront d’un soutien financier ainsi que du conseil d’entrepreneurs expérimentés dans le domaine.

Le design centré sur l’usager, facteur de succès des nouvelles entreprises

Pourquoi une telle ferveur ? Pendant des années, les entreprises technologiques n’ont eu pour seuls interlocuteurs que des techniciens. Chaque problème devait et était résolu par la technologie. En plein boom de l’innovation technique, ces entreprises ont donc pu s’épanouir sur un marché plus que favorable. Cependant, nous faisons, aujourd’hui, face à de nouvelles problématiques auxquelles il s’agit de s’adapter de toute urgence. Le succès n’est plus lié à l’unique innovation technologique. L’évolution de ce secteur est, par ailleurs, aujourd’hui tellement rapide qu’une « révolution » en efface une autre. Il est devenu impossible pour ces entreprises de devancer leur concurrence, de se différencier. Il était donc temps de s’engager dans une nouvelle réflexion. Comment rendre le produit assez utile et fonctionnel pour que l’usager ne puisse plus s’en passer ? Comment créer de la valeur au-delà du technologique, sur un marché plus qu’encombré ? Or, il semblerait que ces designers possèdent les premières pistes de réponses. Le design n’est plus considéré comme un élément à apposer sur un produit fini, il s’agit de l’intégrer en amont, le plus tôt possible afin de répondre à une problématique usager concrète. Le design est devenu, pour la Silicon Valley, un outil permettant la différenciation par l’expérience.

Et cela s’applique à tout, du concept produit au processus d’embauche : il s’agit toujours d’une expérience à considérer dans sa globalité, se plaçant du côté de l’usager, afin de la rendre la plus agréable et efficace possible. Or le designer, entrepreneur, a cette capacité à comprendre les besoins humains et à y percevoir des opportunités. Il est donc l’acteur parfait pour créer une entreprise centrée sur l’humain, favorisant des valeurs telles que l’empathie, l’usage et la créativité.

De plus, placer un designer au cœur de la Direction n’est-elle pas la manière la plus efficace d’intégrer une culture du design dans son entreprise ? On ne demande pas, bien entendu, au designer d’être expert dans toutes les sous-catégories du design. Au contraire, il doit avoir les compétences multidisciplinaires nécessaires à la vision globale de l’activité et savoir s’entourer de spécialistes.

A la recherche des designers entrepreneurs

Rappelons, cependant, que ces designers, entrepreneurs, sont certes une denrée convoitée mais encore rare. Tous les professionnels du design ne sont pas pour autant dotés du talent de l’entrepreneuriat. Pour les plus spécialisés d’entre eux, parvenir à une vision globale de l’entreprise reste un challenge. En résulte une balance offre/demande en total déséquilibre.

Le propos est bien entendu à relativiser. Le designer n’est pas une solution magique, il peut, certes, représenter une plus-value pour l’entreprise innovante mais le succès ne peut être garanti (innover, c’est prendre des risques). De plus, certaines organisations s’en sortent très bien sans lui. Pour autant, il devient évident que les interactions avec l’usager ne cessent de se multiplier en nombre et possibilités augmentant ainsi le champ des possibles en design. Pourquoi, dès lors, se limiter à un projet purement technique ?

Des écoles, telles que la Stanford d.school ou encore la School of Visual Arts, commencent à répondre à la demande du marché en designer/entrepreneur. Nous pouvons donc nous attendre à voir arriver de nouvelles vagues de jeunes designer formés au monde des affaires déferler sur la Valley d’ici la fin du semestre. Les écoles américaines ont donc bien su s’adapter à ces nouveaux enjeux du marché, une question reste à se poser, qu’en est-il en France ?

N.B.:

Quelques point de vue sur le sujet :

Christian Guellerin, directeur de l’école de design Nantes Atlantiquehttp://christianguellerin.lecolededesign.com/fr/2015/07/23/francais-design-et-leadership/ et http://christianguellerin.lecolededesign.com/fr/2015/02/26/francais-ecole-de-design-lecole-des-managers-de-demain/

Christophe Rebours, CEO d’Inprocesshttp://www.christophe-rebours.com/les-designers-sont-des-entrepreneurs-qui-signorent/

L.A.

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